Le secret pour écrire une histoire originale

Si tu es comme moi, tu t’es déjà posé la question suivante : Comment écrire une histoire originale ? Et toutes les autres questions qui suivent : Est-ce que mon écriture manque un petit « eumph » ? Suis-je originale ? Est-ce que mon intrigue et mon idée sont originales ? Est-ce qu’écrire une histoire originale est important, tout court ?

Et puis viennent encore plus de doutes. Mais ne désespère pas, toutEs les écrivainEs passent par là. Vois ça comme un rite de passage obligatoire. Si jamais tu te demandes plutôt ce que tu devrais savoir avant d’écrire ta première histoire, je te recommande cet article. Sinon, tu es à la bonne place. J’ai recueilli le témoignage de 18 écrivainEs jeunesse en leur posant la question :

Qu’est-ce que l’originalité dans la littérature et quelle est sa place dans votre écriture ?

Merci à la belle communauté du livre jeunesse francophone pour l’accueil chaleureux de ce projet. Lis ci-dessous des réponses pleines d’encouragements, de « tips and tricks » et d’anecdotes.

L’originalité littéraire, ça se définit comment ? Et… comment écrire une histoire originale ?

C’est difficile de définir objectivement l’originalité. Je t’explique.

Dans le cadre d’un cours d’écriture fantastique au cégep, je me souviens avoir écrit une histoire sur des tableaux vivants (peintures qui bougent et qui absorbent les passants) dans un musée. Je trouvais ça très créatif puisque la seule autre histoire que je connaissais qui exploitait plus ou moins cet élément était Harry Potter. Mais ça n’a pas été l’opinion de mon professeur à l’époque. Car, apparemment, c’était beaucoup plus commun que ce que je pensais.

Mais… je ne le savais pas. Comment savoir ce qui est original et ce qui ne l’est pas, si ta vision de l’originalité est limitée par tes connaissances de la littérature ? Est-ce qu’il peut alors exister quelque chose sur quoi tout le monde peut s’entendre ? 

Et est-ce vraiment ce que l’on veut, écrire quelque chose de complètement unique ? Ou veut-on simplement quelque chose de « suffisamment » unique ?

Amélie Bibeau

Durant mes études littéraires, j’ai appris que l’originalité dans une œuvre dépend de deux choses: le sujet ou le traitement du sujet. Or de nos jours, il est très difficile d’avoir un sujet original, puisque ceux-ci ont presque tous déjà été traités. Par contre, le traitement du sujet ne sera jamais le même, d’un auteur à l’autre et c’est là que réside l’originalité.

Comme chaque personne est différente, il convient alors de se questionner sur sa propre originalité. Qu’est-ce qui vous distingue des autres? Comment pouvez-vous utiliser cette différence bien à vous et la transposer dans votre texte?

Par exemple, moi, je rédige mon journal intime depuis que j’ai 10 ans. J’y puise donc mon inspiration pour mes romans. Aussi, mon conjoint est un lutteur et cela m’a permis d’écrire une série dans laquelle je démystifie ce sport.

Ainsi, ce sont vos connaissances et votre unicité qui rendront vos textes originaux. Et n’oubliez pas: ce qui vous semble banal ne l’est pas aux yeux des autres…

– Bibeau, Amélie

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Belle Elaine

Dans le livre autobiographique de Stephen King, « Écriture », je me souviens avoir lu quelque chose à propos de l’originalité. Il disait que toutes les histoires ont déjà été racontées, et que ce qui changeait, d’un récit à l’autre, c’était la manière de la raconter.

Je ne peux qu’être d’accord : peu importe le scénario, l’idée, les personnages, le temps, la trame, le fond, la forme, votre sujet peut avoir été conté des milliers de fois, il ne l’aura jamais été avec vos propres mots. Alors peu importe qu’on tente de réécrire une version améliorée de Roméo et Juliette ou qu’on s’inspire de l’univers d’Harry Potter : toutes ces histoires ont déjà vu le jour bien avant nous et nous ne pouvons rien y changer. En revanche, on peut prendre notre courage à deux mains, se lancer et, même si on pense qu’on manque d’originalité, faire une histoire unique. Comment savoir qu’elle sera unique ? Parce qu’elle sera racontée avec nos mots, nos émotions, notre vision, tout simplement.

Pour ma part, je ne me pose jamais la question de savoir si mon idée est originale ou non. Je l’écris et puis voilà ! L’essentiel c’est d’écrire quelque chose qui va nous plaire à nous-mêmes. Et lorsque ça nous plait suffisamment, l’avis des lecteurs suivra automatiquement, car ils sentiront que ça été écrit avec le coeur. (Je pourrais débattre là-dessus pendant des heures !).

– Belle Elaine

Les «je t’aime» silencieux, Belle Elaine

Bianka Lemelin

Une œuvre littéraire est considérée comme originale lorsqu’elle présente, entre autres, un sujet sous un nouvel angle ou que le sujet en soi est nouveau ou inusité. Généralement, une œuvre dite « originale » suscite l’engouement des lecteurs.

À mon avis, l’originalité va au-delà du fait de se démarquer avec une histoire qui sort des sentiers battus. Faire preuve d’originalité, c’est aussi avoir son propre style d’écriture. Puisque nous possédons tous un vécu différent et une façon personnelle de percevoir le monde et de traduire nos idées, c’est dire que toute personne qui écrit a le pouvoir d’être originale!

J’ai rédigé mon premier livre, le tome 1 de la trilogie « Vérité et conséquences », sur un sujet qui n’est ni nouveau ni « original », soit l’intimidation en milieu scolaire. Mon roman aurait pu être écrit de mille et une façons, car chaque victime a sa propre histoire. Je voulais ajouter ma voix à celle de toutes les personnes qui subissent ou ont subi de l’intimidation au secondaire. Mon histoire est unique parce qu’elle est inspirée de mon vécu à l’adolescence.

Dans mon écriture, je mise davantage sur la description des émotions, sur la fluidité du récit et sur la créativité lexicale. Je m’amuse à inventer des mots et à créer des jeux de mots. Par exemple, dans le premier tome de « Vérité et conséquences », ma protagoniste Anica qualifie les exposés oraux d’« exposés horreur » parce qu’ils lui causent de l’anxiété. Dans le troisième tome, le personnage d’Élisabeth parle du « chiromagicien » pour désigner le chiropraticien, qui soulage ses tensions musculaires grâce à ses manipulations « magiques »!

Cela dit, les lecteurs aiment ce qui sort de l’ordinaire, mais ils aiment aussi vivre des émotions et connaître différents points de vue. L’originalité ne détermine pas à elle seule la qualité d’un texte et elle ne devrait pas constituer un frein au désir d’écrire.

– Lemelin, Bianka

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Brigitte Vaillancourt

L’originalité pour moi n’est pas importante. Je me soucis plutôt de la manière d’écrire qui consiste pour moi à former des tableaux imagés avec le moins de mots possibles. Aimer écrire, soigner la phrase derrière l’histoire, c’est plus intéressant que de s’échiner à être originale. D’autant plus que je m’intéresse beaucoup à l’intime, au réel, aux souvenirs. Bref, à ce que l’on porte et qui demande à être raconté.

– Vaillancourt, Brigitte

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Diya Lim

L’originalité, c’est quand on invente une histoire qui ne ressemble à rien d’autre sur le marché. Quand j’ai commencé dans ce métier, c’était pour répondre à un concours d’écriture dont l’un des critères était justement l’originalité de l’histoire. J’ai remporté le concours (Prix littéraire Henriette Major 2011) et publié au fil des années la série Amandine qui compte 11 tomes. Tout ça parce que je me suis basée sur un thème qu’on exploitait peu dans la littérature jeunesse à cette époque : les enfants marmitons. Si des étagères de bibliothèques et de librairies débordent de livres de cuisine pour enfants aujourd’hui, ce n’était pas le cas en 2011 !

Pour les ados, j’ai écrit 3 histoires hyper originales : Larouspiol (mélange de science-fiction et de poésie – c’est pas original ça ?) ; Les enfants du ciel (fantaisie et culture chinoise – oui, j’ai osé le faire !) ; La marchande, la sorcière, la lune et moi (histoire misant beaucoup sur les relations familiales, l’appauvrissement d’un foyer et les conséquences sur l’enfant aînée ; le tout est agrémenté de saveurs russes ; ce livre m’a valu le Prix Trillium 2019 !). Bon, avec les éléments chinois et russes, vous allez sûrement penser que je suis une écrivaine communiste ! Mais non ! Je suis une écrivaine o-ri-gi-na-le ! 🙂 Découvrez qui je suis et ce que j’écris sur Diyalim.com

– Lim, Diya

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Elizabeth Baril-Lessard

Aaaah! Quelle bonne question ! Je pense que l’originalité dans un livre n’est pas particulièrement associée à une idée, mais bien à une manière de raconter cette idée. On va se le dire une fois pour toutes, l’idée du siècle, qui n’a jamais, mais vraiment jamais été exploitée par un autre auteur n’existe pas. Et mettons, qu’elle existe (genre, tu es la première personne à écrire sur la peur de la noyade des débarbouillettes dans la laveuse), ça ne veut pas dire que ton récit sera original. L’originalité vient de ton point de vue, de ta voix, de ta manière d’aligner les mots ensemble et de raconter. Si on s’arrêtait toujours d’écrire parce qu’on a l’impression de ne pas être original, plus personne ne parlerait d’amour, de voyage à Paris ou de chiens saucisses. Et ce serait dommage, parce que même si l’amour existe dans la majorité des romans, il n’a jamais été nommé par toi (tout comme ta description de chien saucisses n’a jamais été mise sur papier). TU n’as jamais parlé d’amour (et de chien…). Et ça, c’est pas mal original si tu veux mon avis.

Comment moi j’essaie d’être originale dans mon écriture ? Premièrement, je combats le jugement que je porte moi-même à mes histoires avec la liberté. La seule place dans ma vie où je peux tout dire (oui, oui! Même s’il y a une manière de dire les choses quand même) c’est quand j’écris. Me permettre d’aller où je veux dans l’écriture m’enlève le poids de l’originalité. Comme si en me laissant aller et en ayant confiance en mes propos, l’originalité s’installe par elle-même.

Deuxièmement, après avoir dit tout ce que j’avais envie de dire dans mon roman, je pars à la poursuite des clichés. Je déteste les phrases ou les images convenues. Les « ton père est un voleur, il a volé les étoiles pour les mettre dans tes yeux » de ce monde. SAUF, bien sûr, si tu as envie de dépeindre un personnage cliché et que lui faire dire ce type de phrase nous fait comprendre quelque chose, essaie de t’éloigner le plus possible de ces images toutes faites. Trouve les tiennes! Explore un nouveau champ lexical, demande-toi comment un personnage peut être romantique, par exemple, sans devoir l’exprimer de la même manière que la trop grande majorité des séducteurs de ce monde.

En résumé, se battre pour être original.e est un combat perdu d’avance. Écris ce que tu as envie d’écrire et laisse-toi aller avec ta plume, sans te redemander mille fois par seconde si tu es en train d’écrire LE livre du siècle. Si tu restes fidèle à toi-même, il y a une chance que tu participes à briser les barrières de l’originalité.

– Baril-Lessard, Elizabeth

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Élizabeth Turgeon

Je pense que l’originalité réside dans la capacité d’être libre face aux modes, aux styles et au regard des autres. Être simplement qui nous sommes et façonner le récit à notre manière. Chacun de nous est unique et le fait de respecter cette singularité garantit notre originalité. Personnellement, j’écris librement, sans contraintes.

– Turgeon, Élizabeth

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Émilie Rivard

L’originalité est essentielle, surtout à une époque où les auteurs et les livres qui se publient sont aussi nombreux. Cela dit, l’originalité s’exprime de plusieurs manières: le thème, la forme, le style, … Les façons de se démarquer sont nombreuses. Au fond, l’originalité est importante, mais l’authenticité l’est encore plus. On peut être 25 auteurs à écrire sur le même sujet, mais si chacun le traite avec SA couleur, les 25 histoires trouveront leur place.

– Rivard, Émilie

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Julie Brassard

J’aime à dire que toute histoire a déjà été créée, mais qu’elle peut prendre à nouveau vie selon le regard de l’écrivain(e) qui désire y faire vibrer sa vision des choses. Ainsi, cette nouvelle histoire se transforme à sa couleur et devient à son tour unique.

L’originalité d’une œuvre littéraire prend toute sa place lorsque je me laisse influencer par tout ce que j’ai vu, lu ou ressenti par le passé. À l’instant où j’arrive à y mettre mes mots pour décrire ce qui me fait plaisir, j’ai le sentiment d’avoir atteint mon objectif. Je peux par conséquent être fière de moi.

– Brassard, Julie

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Justin Lemire

L’originalité dans la littérature consiste par définition en la capacité d’un écrivain à produire des idées originales, des perspectives novatrices, un style d’écriture unique ou des techniques narratives inédites. Cela dit, cette originalité, je ne la perçois pas par rapport aux autres écrivains, mais bien par rapport à soi-même. C’est une occasion de repousser ses propres limites. Inspire-toi des gens autour des toi, des événements, de la vraie vie, et ce, même si tu écris de la fiction, de l’imaginaire. La vie en elle-même est originale, elle est imprévisible, et c’est ce qui rend un roman authentique. Du reste, l’originalité se tracera d’elle-même, puisque chaque œuvre que l’on écrit est le miroir de la personne que nous sommes au moment où on l’écrit. Nul autre n’aurait pu la produire et c’est là ce qu’il y a de plus original. S’il fallait chercher l’idée que personne n’a jamais exploitée, on pourrait bien rester assis durant des mois pour y réfléchir. Le but, c’est plutôt de prendre l’idée qui nous plaît et de l’utiliser à notre manière, avec nos intérêts, notre personnalité, notre vécu. S’inquiéter de l’originalité de notre œuvre et de ce qu’en penseront ses lecteurs ne doit pas être la priorité, puisqu’il y aura toujours quelqu’un pour affirmer que ce livre lui fait penser à cet autre roman ou à cette série télévisée. C’est du commun des mortels que de chercher des référents auxquels identifier ce qu’il a sous les yeux. Mon meilleur conseil est donc simplement d’écrire ce qui te plaît, et de t’y donner à fond.

– Lemire, Justin

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Laurence Beaudoin-Masse

Pour moi l’originalité, c’est ce qui survient quand on essaie simplement de faire comme tout le monde et qu’on échoue parce que c’est impossible. Je pense que la seule façon d’être original, c’est d’être ancré dans sa vérité. J’ai aussi l’impression qu’essayer d’être original, c’est un piège quand on commence à écrire. Je conseillerais plutôt d’écrire quelque chose de personnel, quelque chose qui interpelle au plus profond de soi. Ça peut-être une histoire totalement inventée, mais qui résonne de manière particulière pour son auteur. L’originalité est un peu inévitable quand on suit sa voix. Mais c’est toujours aussi un peu un accident.

– Beaudoin-Masse, Laurence

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Margot de Jubécourt

L’originalité, c’est ce que porte l’auteur au plus profond de lui-même. C’est le reflet de sa personnalité, de ses désirs, de ses croyances, de sa sensibilité. Tout cela donne un caractère unique à son style, à sa façon de construire une histoire, de choisir un sujet particulier.

Un auteur n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour être original. Il l’est par essence. Bien sûr, il commence souvent par imiter ses pairs pour construire ses premières histoires : il fait des erreurs, des maladresses, il a du mal à reconnaître ce qui vient de lui, son style propre. On l’encourage alors à travailler, et certains croient qu’ils doivent apprendre des mots rares et des figures de style pour habiller leur style. C’est une fausse route ! Le travail n’a pas pour but d’habiller son style d’exentricité inutile. Au contraire, il doit dégrossir la pierre et la polir jusqu’à trouver le diamant brut qui se trouve au centre : la parole pure de l’auteur, avec les mots les plus justes possible entre lui et le lecteur.

L’originalité d’un auteur, c’est ce qu’il vit intensément dans ses romans quand il prend la peau de ses personnages pour leur donner corps, voix, substance, histoire, conflits… C’est toute la sensibilité qu’il dépose dans une histoire, c’est, plus simplement, tout ce qu’il met de lui dans un roman.

– de Jubécourt, Margot

Le Masque du Chacal, Margot De Jubécourt

Martine Latulippe

L’originalité d’un texte peut se manifester de bien des façons: par le sujet, par le style, par l’approche… Dans un roman que j’ai coécrit avec François Gravel, Ça leur apprendra à sortir la nuit, le livre est présenté sous la forme d’un dossier de police, ce qui en fait un roman différent des autres romans policiers, même si on a déjà lu des histoires d’enlèvement ou de disparition. Bien sûr, la plupart des sujets ont déjà été abordés en littérature jeunesse, mais il faut y mettre sa touche personnelle, son style unique. Personnellement, je trouve qu’un grand défi est de respecter son propre style, son ton et ses sujets de prédilection, sans pour autant répéter la même histoire! Quand un auteur a publié plusieurs romans, le lecteur ira vers lui parce qu’il sait déjà ce qu’il aime, ce qu’il attend, mais il ne veut pas pour autant relire le même récit!

– Latulippe, Martine

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Patrick Loranger

Soyons réalistes: nous sommes en 2023, une époque où on pense que tout a été dit ou écrit, où l’on se dit que toute histoire ressemble à une autre déjà publiée, ne serait-ce que par son schéma, son thème, sa saveur ou n’importe quel autre de ses aspects. Ne désespérez pas en pensant qu’il est impossible d’être à 100% original et nouveau. En fait, ce n’est peut-être pas nécessairement le cas… La façon unique dont on écrit une histoire peut rendre originale une oeuvre qui reprend un schéma déjà utilisé. C’est ainsi que l’originalité prend un autre sens. À vous de trouver votre propre voix pour raconter d’une manière inattendue une histoire que vous pensez originale et unique. Et s’il arrive qu’une autre personne lui trouve une ressemblance avec une histoire qu’elle croit avoir déjà lue, cette histoire ne sera sûrement pas racontée comme vous le faites…

– Loranger, Patrick

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Pierre-Alexandre Bonin

L’originalité, ce n’est pas nécessairement d’écrire une histoire qui n’a jamais été racontée. En fait, c’est IMPOSSIBLE de penser à ce genre d’histoire, parce qu’elles ont TOUTES été racontées. Oui, oui, toutes les histoires ont déjà été racontées. Par contre, elles ne l’ont pas été par toi. Ou par moi. Et c’est LÀ que l’originalité entre en jeu, et qu’on peut le plus s’amuser !

Pas besoin de révolutionner le genre du roman de zombies ou de la quête héroïque. Il suffit de trouver un angle d’attaque et d’y mettre sa touche personnelle. Évidemment, ça va mieux quand on a trouvé SA voix. Comment on y arrive ? En écrivant, encore et toujours, jusqu’à ce qu’on sente que ce qu’on écrit vient de nous, qu’on y retrouve «notre» voix.

Personnellement, je lis toujours beaucoup de livres dans le genre pour lequel je veux écrire. Pourquoi ? Parce que je veux savoir ce que les autres ont fait avant moi ! Je veux savoir quelles erreurs ont été faites (parce que oui, il y a TOUJOURS des erreurs qui sont faites !), mais aussi quels bons coups me font rêver. Comme ça, je connais mieux les règles et je suis ensuite capable de jouer avec les règles. Soit pour les respecter, soit pour les contourner. Eh oui, on a tout à fait le droit de contourner les règles, quand on écrit. Mais il faut d’abord apprendre à les connaître !

Je sais que j’écris quelque chose d’original quand l’histoire réussit à m’intéresser moi. Après tout, je suis mon premier lecteur ! Et si ma propre histoire ne parvient pas à me captiver, elle risque de ne pas plaire aux autres. C’est pour ça que je lis beaucoup, mais que j’écris beaucoup, aussi. Avec la pratique, on devient de plus en plus habile, et c’est là qu’on réussit à proposer une « twist » à une histoire qui a été racontée mille fois…

Un exemple ? Les histoires de zombies. On a tout dit sur le sujet, non ? Pas du tout ! Qu’est-ce qui se passerait si on avait une éclosion de zombies ici, au Québec, en plein mois de janvier ? Est-ce que les zombies seraient adaptés à notre hiver ? Et si l’invasion commençait sur la Côte Nord, ou en Gaspésie, à quel point ce serait long avant que tout le Québec soit contaminé ?

Tiens donc, qu’est-ce que je viens de faire là, moi ? J’ai pris un genre qui m’intéresse – les histoires de zombies – et je me suis posé des questions. Les questions peuvent sembler niaiseuses, mais on ne sait jamais d’où va venir l’inspiration. Il faut donc garder l’esprit ouvert et bien connaître le genre d’histoire qu’on veut raconter, pour s’assurer qu’on a trouvé un angle original pour notre histoire.

Et toi, quel genre d’histoires aimes-tu ? Et comment pourrais-tu proposer quelque chose de différent, d’original ?

– Bonin, Pierre-Alexandre

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Roger Cantin

À peu près tout a été dit, raconté, écrit, illustré… Mais jamais à « ta manière ». Pour moi, c’est ça l’originalité : ton point de vue, ta vision des choses. Ce n’est pas facile de développer un point de vue original. Ça peut prendre toute une vie. Ça évolue durant toute sa vie… Mais ça revient toujours à la curiosité qu’on a développé dans sa jeunesse, aux choses qu’on a vécues, aux émotions qu’on a ressenties. Plus on accumule d’expérience de vie, plus on retourne vers ce qu’on a appris au cours de sa jeunesse. L’originalité, finalement, c’est probablement de rester jeune dans sa tête !

– Cantin, Roger

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Tania Baladi

L’originalité est le regard personnel qu’un.e auteur.e porte sur son sujet. Il est très difficile d’arriver avec un thème tout à fait nouveau. Je pense qu’elle est davantage créée par un mélange d’idées ou de thèmes qui donnent au texte un certain angle. Pour moi, l’originalité résulte plus d’une association d’idées que de chercher à trouver des idées nouvelles.

Dans mon cas, mon premier critère pour retenir une idée est d’abord et avant tout si elle remue des émotions à l’intérieur de moi : humour, curiosité, sentiment d’injustice, enthousiasme, etc. Je ne pense pas vraiment à l’originalité à ce stade mais une fois que j’ai une piste de sujet que je souhaite explorer, j’aime bien faire des « brainstorms » afin d’essayer de trouver le plus d’idées possibles autour de celui-ci et de multiplier les points de vues. Je ne sélectionne pas les premières idées venues mais celles qui m’apparaissent les plus intéressantes, parce qu’elles m’inspirent davantage et permettent de bonnes possibilités au niveau de l’histoire. Ensuite, au fil du temps et du travail, ma pensée évolue. D’autre idées se greffent éventuellement à ce thème et qui vient raffiner le propos et ça, c’est à mon avis, ce qui rendra (je l’espère) le texte original.

– Baladi, Tania

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Yannick Roche

L’essence même de l’originalité d’un récit est de trouver les sujets d’intérêt qui passionnent la clientèle ciblée et d’adapter le style à leur niveau de compréhension. Les auteurs qui prétendent écrire pour les 7 à 77 ans font fausse route. S’assoir pour écouter une émission de «Passe-Partout» avec votre petite sœur, ne signifie pas que vous serez prêt à faire l’acquisition d’un album destiné à cette catégorie d’âge. Ce n’est pas adapté à votre intérêt ni à votre âge.

Élaborer une saga destinée à une certaine clientèle à partir de nos propres goûts ou intérêts, risque d’orienter notre écriture vers la mauvaise voie et d’en subir un flop monumental.

Les cinq romans de la «Collection 3 Bests» que j’ai écrits s’adressent à une clientèle particulière, les filles de 9 à 12 ans ciblées après avoir constaté la pénurie de récits pour ce groupe spécifique. Pour les rejoindre, il fallait connaître leurs intérêts, leurs goûts, leurs passions, leurs rêves. Tout s’alignait vers les sagas de «Harry Potter». Calquer la série littéraire de J.K. Rowling ? Il n’en était pas question. Cependant, il fallait déterminer ce que dégageaient ces récits pour qu’ils soient si prisés par cette clientèle cible :

1* Protagonistes de leur âge.

2* Fiction.

3* Féerie

4* Suspense.

5*Amitié.

6* Passion.

7* Légende.

8* Faits historiques.

Tout y était pour créer des aventures hallucinantes où seraient intégrés ces huit déterminants essentiels à passionner ma clientèle ciblée. Et ce fut le cas. Les deux premiers romans, mis en téléchargement sur des sites européens, furent reconnus Best-Sellers et maintenus no.1 du palmarès jeunesse pendant six mois. Tous furent réimprimés deux fois au Québec et toujours en demande lors des différents salons du livre. Être original, c’est s’adapter. Lorsqu’on détermine les besoins de notre clientèle, on cible aisément les sujets d’intérêt. Reste à en faire un récit avec des mots adaptés au groupe choisi.

– Roche, Yannick

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Écrire une histoire originale, est-ce vraiment l’objectif ?

Savais-tu que, dans l’Antiquité, l’originalité n’était pas vraiment un sujet d’intérêt ? Nope. Ce qui était à la mode, c’était la répétition du schéma narratif et du rythme du texte. La comédie comportait un certain nombre d’évènements qui devaient être répétés dans l’ordre exact, des personnages types obligatoires à toute pièce et une longueur de phrase à respecter. Même chose pour l’épopée. Et pour la tragédie. Et pour le roman. Et… eh bien, pour tout le reste.

Quel était l’intérêt ? Le même qu’aujourd’hui : comment, cette fois-ci, ça va se passer pour ces personnages-ci ?

Ça ne te rappelle pas le cinéma populaire du moment, ça ? Toutes les comédies romantiques se ressemblent. Tu reconnais facilement qui sera le couple final, tu as une bonne idée des évènements qui se dérouleront et l’ordre dans lequel ils apparaitront (une introduction aux deux personnages, une rencontre, de la friction, un moment de bonheur, une dernière crise et, finalement, une fin heureuse), tu connais aussi déjà les personnages de soutien (la ou le meilleurE amiE, les parents qui s’opposent, l’ex, etc.)

C’est certain que certainEs s’amusaient à réinventer la littérature. Par exemple, un grand écrivain antique (Lucrèce) a écrit une théorie des atomes (ce qu’on considère aujourd’hui comme des atomes) sous la forme d’un poème : De rerum natura. Aujourd’hui aussi les artistes essaient de défier les normes, chacunEs à leur façon.

Maintenant, c’est à toi de voir. Selon toi, qu’est-ce que l’originalité dans la littérature et quelle est sa place dans ton écriture ?

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